Origines du Léonberg

Les origines du Léonberg

ou

Les origines du nom « chien de Léonberg »

ou, comment ce qui n’était à l’origine qu’une excellente opération de marketing est passé de « marque déposée » à « nom officiel d’une race »

Comme toutes les races, celle du léonberg est auréolée par des légendes plus ou moins tenaces, souvent invérifiables et qui se transmettent au fur et à mesure des éditions d’ouvrages, chacun reprenant à son compte la légende qui lui convient le mieux.

Ces légendes sont indispensables pour construire et  légitimer l’ancienneté de la race (ancienneté réelle ou supposée) ou, à l’opposé, pour montrer la haute valeur scientifique de l’intervention  humaine dans sa création (intervention réelle ou supposée).

Pour éviter toute confusion, je précise que dans ce petit texte, je ne me penche pas sur l’aspect génétique de la création de la race léonberg mais sur l’origine de son nom.

Son « créateur » Heinrich Essig

Heinrich Essig (1808-1887) est né et mort à Léonberg, dans une petite bourgade agricole (un peu moins de 2000 habitants) située au nord de Stuttgart, dans le Wurtemberg en Allemagne. Deux journaux locaux, une bibliothèque et un marché aux animaux (bétail, cheval, chien…) font que les innovations en matière de culture et d’élevage doivent parvenir jusque là.

Essig a des activités polyvalentes, c’est un esprit curieux et opportuniste. Il semble très doué pour le commerce et la publicité. De simple compagnon teinturier qui se forme en parcourant le pays, il va devenir un notable dans sa petite ville et rester 14 ans au conseil municipal.  Dans les archives de la Bibliothèque Nationale Allemande on note qu’il vend et achète des biens agricoles et immobiliers, qu’il est courtier en assurances, bibliothécaire, éleveur de bétail, marchand de chien, économiste, cynologiste et Markmeister.

La mode est aux découvertes et expériences scientifiques, Mendel  (1822-1884) va révolutionner la génétique, la cynophilie est débutante.

  • Localement,  il n’y a que peu de mention sur lui dans les archives  de sa ville. Essig sera plus connu à son époque pour ses monographies sur la betterave ou ses expériences de croisement entre le porc et le sanglier  que pour son élevage de chiens.

  • Au niveau européen :

    • les personnes célèbres et très riches, aiment se montrer avec de grands chiens de préférence d’origine rare.

    • le chien Saint Bernard  considéré comme un grand chien est décimé par un grave problème de santé,

    • les expériences génétiques commencent tout juste à passionner le public éclairé.

     Essig profite de tout cela pour faire la promotion d’un grand chien blanc spectaculaire à la fourrure abondante, ayant l’allure du lion emblème de sa ville. Il affirme qu’il est  issu de ses soit disant  recherches génétiques, un croisement entre un Saint Bernard, un Terre Neuve noir et blanc (Landseer) et un chien de montagne des Pyrénées : la perle rare qui tombe à pic.

Doué pour le commerce et la publicité, il vend à prix d’or ou offre un chien dit de léonberg à de nombreuses célébrités ou tête couronnées de l’époque. Il en fait lui même la promotion, parcourant toute l’Europe, n’hésitant pas à se donner un titre de noblesse pendant que sa nièce s’occupe de l’élevage proprement dit.

Le taux de prolificité de son élevage peut laisser place à  des doutes quant à l’origine du cheptel (+ de 300 chiots par an),  d’autres doutes d’ordre génétique  sont avancés en ce qui concerne les  croisements et le type de chien obtenu surtout en si peu de générations. Les gravures de l’époque montrent un cheptel très hétérogène (taille, couleur, robe…).  Il est plus concevable qu’ Essig ait proposé tous les croisements que ses propres chiens ont pu faire dans son chenil ainsi que des chiots locaux achetés à bas prix au marché au chiens  de Léonberg ou  directement dans les fermes des environs. Son élevage canin (ou son activité de courtier en chiens) très prolifique pour l’époque disparaît à sa mort faute de reproducteur.

Pour que le léonberg soit accepté dans le milieu cynophile, il faudra  lui créer un standard (ce que fait le peintre Albert Kull) et lui donner une utilité (autre que son prix excessif, le côté mercantile de son « créateur » ne plaidant pas en sa faveur)

Conclusion

La race léonberg serait elle issue d’un croisement entre des chiens de campagne, un esprit opportuniste et mercantile et des goûts de m’as-tu-vu?

Le léonberg actuel a bien du mérite à rester un brave chien !

Plus sérieusement

Par la suite, il faudra reconstruire la race de toutes pièces (elle est au bord de l’extinction après après la guerre 14-18 et bien mal en point après celle de 39-45)  pour aboutir au léonberg que nous connaissons.

Pour ceux qui aimeraient approfondir l’historique et la reconstruction de cette race,  il y a une excellente documentation dans les livres de Metha Stramer. Son livre :

 Le chien de Leonberg, volume 1  regroupe toutes les légendes et les étapes historiques connues  à propos de la création de la race du chien de Léonberg et il est abondamment pourvu en gravures ou photographies de l’époque.

C’est son activité de marchand de chiens et ses affabulations qui valent à Essig de rester à la postérité même si aucun de ses chiens ne sont à l’origine du Léonberg actuel.

La date de 1846 sera retenue comme référence pour la naissance de la race de chien  léonberg et la légende de son croisement entre 3 chiens est inscrite dans le standard actuel.

Pour ceux qui sont passionnés de génétique et qui aimeraient faire la part des légendes et des possibilités scientifiques, le meilleur ouvrage à conseiller est celui du Pr Bernard Denis Génétique et sélection chez le chien, éditions  CNVSPA, ISBN 2-9508885-3-4

Plusieurs articles ou fiches de vulgarisation existent  :

  • la thèse du Dr Letellier sur La race Canine Leonberg, 1979.  C’est le premier essai  sur la  morphologie, la reproduction et la génétique de cette race.

  • l’article  du Dr Mirkovic , 2008,  dans le site Chiens de Montagne. Il reprend l’historique du Léonberg et suggère l’utilisation d’un 4ème reproducteur possédant l’apport génétique de la couleur fauve charbonnée.

  • La fiche de la SCC  très succincte quant à la partie origine, reste prudemment sur sa parenté avec le Dogue du Thibet

  • Le standard officiel du Léonberg entérine la version légendaire des 3 chiens dans sa publication du 04.01.1996 traduite officiellement le 20. 09. 2002 par la  FCI sous la référence : FCI-St. N° 145 / 20. 09. 2002

  • le club de race, présente la version issue du Standard.

Pour ceux qui veulent simplement lire des livres sur le léonberg en langue française

  • Docteur Maurice Luquet, Le Leonberg, De Vecchi,‎
  • Georges Blin, Le Leonberg, Edimag,‎
  • Marie-Paule Daniels-Moulin, Le Leonberg, De Vecchi,‎
  • Metha Stramer 3 livres sur le léonberg à partir de 2008

Pour ceux qui aimeraient consulter des thèses vétérinaires se rapportant à la santé du Léonberg, à condition qu’elles soient en accès libre sous forme PDF

http://www.vet-alfort.fr/web/fr/189-les-theses.php

http://portaildoc-veto.vetagro-sup.fr/?q=node/13

Sérieusement ou pas?

Si l’idée vous vient de rentabiliser des croisements plus ou moins volontaires ou intempestifs qui ont du mal à être admis ou à se recycler,  de remettre au goût du jour, un croisement local hyper consanguin qui s’est stabilisé depuis des générations ou de créer officiellement une race de toutes pièces, par exemple, le lion de Bourgogne, ou le léodogue ou le leoterrenova (et bien d’autres idées), sachez que c’est possible et prévu par la SCC et la FCI.  Chaque année, de nouvelles races voient le jour très officiellement, mais leur reconnaissance est strictement encadrée.

http://www.chiens-online.com/actualites-17036-la-reconnaissance-d-une-race-comment-cela-se-passe-.html

Pour schématiser

Essig ne cherchait pas à créer un chien fauve mais un très grand chien à poils longs et blancs. C’est ce que reprend le standard du chien de léonberg dans son bref aperçu historique :

« Heinrich Essig, …..croisa une chienne Terre-Neuve noir et blanc avec un mâle du nom de « Barry », chien St-Bernard originaire de l’hospice du même nom. Plus tard un chien de montagne des Pyrénées enrichit ce croisement. Il en résulta de très grands chiens à poil blanc, en majorité à poil long. Le but recherché par Essig était de créer un chien à l’aspect léonin, le lion étant l’emblème héraldique de la ville de Leonberg…. »

Si on pousse la comparaison avec les chiens de maintenant, il aurait aimé avoir le chien de droite en plus grand et plus massif et la postérité a préféré les chiens de gauche, souvent plus petits que sur cette photo.

 

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Post scriptum

Un grand merci à mes lecteurs, extrêmement réactifs, qui n’ont pas hésité à m’envoyer des commentaires en perso dès la mise en ligne de ma première ébauche, pour m’en signaler les possibles erreurs d’interprétation liées à la formulation utilisée.

Pour voir l’article dans le journal du Pli du Soleil

les origines du Léonberg

2 Responses

  1. catherine

    tres interessant votre article sur le croisement du leonberg ; il y a beaucoup de choses que je ne connaissait pas

    amicalement a vous BERNADETTE et a MICHEL

    • Bernadette

      C’est la légende de l’origine du Léonberg, maintenant qu’est ce que est vrai ou qu’est ce qui reste, c’est une autre histoire 🙂

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