La médecine : art ou science?

La médecine : art ou science?

Le 22 avril, Frane, la maman de nos petits Muyres revient chez elle après plusieurs jours d’ examens au CHUV de Lyon

J’ai demandé à Marie Do de me faire un résumé pour que son expérience puisse aider d’autres maîtres se retrouvant avec des situations proches ou similaires.

Voici son texte avec son autorisation et mes remerciements. Il montre bien les difficultés que l’on peut rencontrer avant d’établir le diagnostic définitif.

Devant la grande fatigue de Frane et un « certain ralentissement », nous avons d’abord suivi quelques « fausses pistes » à la maison : de nombreux signes cliniques et un premier bilan biologique ont été en faveur d’une hypothyroidie  à traiter par Lévothyroxine … Mais d’autres signes sont apparus au 4ème jour de traitement dont polypnée, tachyarythmie et hyper thermie pouvant faire penser à de réelles douleurs et à un éventuel pyomètre (2 mois après les dernières chaleurs), et surtout l’augmentation de volume assez rapide d’une petite masse (d’abord de la taille d’une demi cerise) sur la 5ème côte à droite, remarquée une dizaine de jours auparavant, et qui devait être « explorée » dès que Frane irait mieux …

Après un « départ en urgence », trois jours d’hospitalisation à l’ENV de Lyon (24h en soins intensifs puis en clinique de médecine) ont permis de pratiquer successivement différents examens (échographies, nouveau bilan biologique, radiographie, cytoponctions de la rate et de la « tumeur suspecte », puis scanner d’évaluation sous AG), qui ont pu mettre en évidence l’existence d’une tumeur maligne de la taille d’une grosse pomme (« partie immergée de l’iceberg »), de type ostéosarcome de grade certainement élevé, avec des métastases déjà importantes sur la rate, le foie, et le corps vertébral.

Après plusieurs échanges avec l’équipe de Lyon, nos « propres vétérinaires » et des proches ayant une grande expérience des léonbergs , nous avons très vite renoncé à la réalisation éventuellement possible d’une chirurgie agressive, très invalidante, et uniquement palliative,  qui aurait obligatoirement du être suivie de chimiothérapie et/ou radiothérapie, pour, dans le meilleur des cas, obtenir une survie possible de l’ordre de 6 mois …

Frane est donc rentrée à la maison, en assez bonne forme pour le moment, avec un traitement anti-inflammatoire et des anti douleurs qui devraient lui assurer une vie confortable aussi longtemps que possible … Son bonheur à se retrouver chez elle, et l’accueil qu’elle y a reçu de Baïka (sa compagne), Juliette (sa fille) et des autres animaux nous ont confortés dans la certitude que nous avions fait le bon choix et qu’il y a encore beaucoup de bonnes choses à vivre ensemble.  Marie Do et Jean Marc

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Quelques pensées personnelles

J’avais, dans un premier temps, envisagé d’intégrer l’information de Marie Do dans une présentation générale sur les tumeurs mais j’y ai renoncé, il y a de plus en plus de documentation sur Internet, très bien faites par des vétérinaires (articles basiques ou  pointus, thèses vétérinaires etc.) bien plus fiables que ce que je pourrais glaner au cours de mes lectures pour ceux qui sont intéressés par cet aspect.

 Avec Internet, (comme avec les dictionnaires médicaux autrefois)  il faut faire attention. La documentation tout azimut a fait sauter le verrou du monopole de connaissances  réservé aux seuls médecins (ce n’est pas plus mal) mais elle  peut noyer totalement les patients  et même leurs soignants sous une masse d’information  impossible à assimiler dans sa totalité.

Un ami médecin m’a dit  un jour: « la médecine n’est pas une science mais un art » et cela m’a beaucoup aidé dans mon approche du monde médical. D’autres personnes constatent que « la médecine n’est- plus un art mais devient une science » et certains ajoutent, en voyant  à quel point la parole médicale est  encore vénérée que » la médecine n’est ni une science ni un art mais une religion ». Je ne développerai pas ce dernier point.

  • En général, le propriétaire proche de son animal, constate très vite des variations  infimes dans la façon d’être de celui-ci mais il n’a pas les mots précis pour le dire ni la connaissance scientifique pour faire le tri entre l’anodin et le grave, les symptômes d’approche étant tellement similaires.

  • De son côté le vétérinaire, de par ses études, a la connaissance de la construction mécanique de l’animal et des différents symptômes liés à bon nombre de maladies.

    • Je pense que sur un plan purement scientifique, il a  les gestes et le matériel spécialisé qui vont lui permettre de faire un  premier tri, mais souvent, lorsque le maître est trop proche de l’animal, les symptômes sont encore trop diffus  pour qu’il puisse agir même s’il est un excellent vétérinaire.

    • Sur un plan  purement « artistique », il va pouvoir choisir, parmi un panel de manifestations et de connaissances identiques, celles qui s’harmoniseront le mieux ensemble pour faire apparaître le meilleur diagnostic. Et là, c’est comme dans tous les métiers, il y en a qui sont plus intuitifs ou plus artistes que d’autres.

Le monde animal s’est médicalisé à grands pas et se rapproche de plus en plus de la médicalisation humaine. C’est une bonne ou une moins bonne chose selon la façon dont on le perçoit ou la façon dont on l’exploite

Comme chez les humains, il y a :

  • des vétérinaires généralistes et des spécialistes.

  • du matériel plus performant et plus pointu.

  • des laboratoires qui se spécialisent dans la recherche animale

  • des structures qui deviennent de plus en plus performantes et nos animaux peuvent accéder à des soins en passant par le cabinet vétérinaire, la clinique vétérinaire, les centres hospitaliers et les centres universitaires.

Pour conclure je reprends une citation  que j’ai mise sur la page d’accueil de mon site santé

Rien ne vous empêche de vous renseigner car  « en médecine vétérinaire tout comme en médecine humaine, ce n’est JAMAIS le médecin qui décide POUR le client ou le patient. Le médecin ne saurait faire que des propositions en mettant à la disposition de son interlocuteur les avantages et les désavantages du choix. Le problème en médecine vétérinaire des animaux de compagnie est un peu similaire à ce qui se passe en pédiatrie où les parents doivent également CHOISIR et DECIDER pour leur enfant. MALHEUREUSEMENT ce choix est d’autant plus facile (et on culpabilise éventuellement moins si les choses tournent mal par après) que l’on se remet entièrement au spécialiste sans mettre en question les paroles de ce dernier. Mais qui a dit que le monde serait facile et confortable? » Gérard

Et une forme de pensée que j’essaie d’appliquer

Mes animaux et surtout ma meute de léonbergs m’ont montré qu’il était dangereux pour leur survie de trop se retourner en arrière. Quand un chien se penche sur son chagrin il déprime ou il en meurt. Alors je réagis, comme eux, j’apprécie chaque matin qui recommence, j’intègre que la mort fait partie de la vie, j’essaie d’aller de l’avant et lorsque j’ai pris une décision, « c’est la bonne décision ».

Pour voir l’article dans le journal du Pli du Soleil

Médecine : art ou science?

6 Responses

  1. Anne Marie Tatsch

    I agree…. You can’t look back! I noticed that when my husband passed away …my « drive » for life had changed a lot….I am not sure if it’s my age….anger toward him to not have done anything to live a longer life….. but for me…. I live every day like it’s my last day and lately… unfortunely…. wish it was my last day!

  2. Jo

    Merci aux propriétaires de Frane, d’avoir permis la diffusion de cet article. Pour cette belle maman, espérons qu’elle partage encore bien des matins avec ses amis à 4 pattes et ses maîtres.

    Votre explication et votre façon d’appréhender la vie que ce soit au travers de vos observations des léos est fort juste. Je pense que nous avons actuellement tellement de possibilités de nous renseigner que parfois il faut vraiment aller au ressenti. Ensuite, il y a certainement des vétérinaires plus artistes que d’autres.

    jo

    • Bernadette

      Une expérience, lorsqu’elle est partagée devrait pouvoir diminuer les tâtonnements par lesquels ont passe avant de trouver une solution.

  3. Chloé Deschamps

    A partir du moment où un tel diagnostique tombe, je crois que seule la question reste: de quelle manière peut-on rendre la fin de vie de Frane la plus agréable et confortable possible? (Art des soins palliatifs entre autre, et bon équilibre des anti-douleurs). Tout animal y a droit, et Frane, me semble-t’il subjectivement encore plus, étant donné la super chienne et maman qu’elle est…
    Je pense tous les jours à elle et espère pouvoir la revoir en été.
    Chloé

    • Bernadette

      Vous avez entièrement raison. Depuis que j’ai pris la responsabilité d’avoir des animaux autour de moi, j’ai bien réalisé que c’était une des étapes les plus difficile dans notre vécu commun. Il faut dépasser ses propres besoins pour décider à leur place de ce qui nous semble le mieux pour eux.

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